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Consolidation-normes IFRS

Constatation et conditions de comptabilisation des impôts différés

Les impôts différés actifs et passifs sont une notion que l'on rencontre dans les comptes consolidés. La norme IAS 12 (sociétés en IFRS) ou le règlement CRC99-02 relatif aux comptes consolidés obligent à comptabiliser l'impôt, que cet impôt soit exigible immédiatement ou différé. Dans les comptes individuels français, l'information figure simplement en annexe, toutefois le concept d’impôt différé n’est pas forcément le même pour l’établissement des comptes sociaux et des comptes consolidés.

« L'impôt différé est un domaine délicat car il nécessite des connaissances transverses en fiscalité, en comptabilité et en consolidation. C'est pourquoi au cours de la formation, de nombreux rappels sont faits dans tous ces domaines », précise Patricia Perez-Cochard, expert-comptable et intervenante chez Francis Lefebvre Formation.

«  L'impôt différé est un accessoire d'une opération principale qu'il faut comprendre. Il est parfois nécessaire de travailler en binôme avec les fiscalistes extérieurs ou du groupe. Il faut savoir faire une preuve d'impôt mais aussi la contrôler et détecter la mauvaise application des normes ».
 
 


Les différents cas de constatation d'un impôt différé

 
L'impôt différé apparaît essentiellement dans quatre situations. Toutes sont des différences temporelles ou temporaires. La norme IAS 12 utilise la notion de différence temporelle là où le règlement CRC parle de différence temporaire. Au-delà d’un terme différent, les 2 référentiels partagent une approche bilancielle de l’impôt différé Les impôts différés sont constatés lorsque la valeur comptable d’un actif ou d’un passif diffère de leur valeur admise au niveau fiscal. Il s'agit de tenir compte de tous les impacts fiscaux des opérations réalisées ou à venir par une entreprise.
 
On constate tout de suite dans les comptes consolidés l'intégralité des dettes et créances d'impôt, peu importe que cet impôt soit exigible au titre d'un exercice clos ou d'un exercice futur. C'est une écriture conforme au principe de rattachement des charges et produits à l'exercice qui doit améliorer l'information des actionnaires et plus généralement celle de toutes les parties prenantes. Les comptes consolidés tiennent compte de ce que l'on appelle la fiscalité différée et s'émancipent des politiques fiscales des États.
 
Les différences temporaires les plus faciles à comprendre sont probablement celles qui sont liées aux déficits reportables. Un actif d'impôt différé est constaté à chaque fois que ce report n'est pas limité dans le temps et que l'entreprise peut raisonnablement s'attendre à des résultats futurs bénéficiaires. Cela permet d’enregistrer, l’année de naissance du déficit, l’économie future que fera l’entreprise quand elle redeviendra bénéficiaire.
 
Les différences temporaires sur les charges et produits déductibles et imposables donnent naissance à des actifs - créances et passifs - dettes d'impôt différé. Il s'agit de décalages dans le temps. Certaines charges comme la participation des salariés aux résultats sont comptabilisées à la clôture de l'exercice et déductibles fiscalement au cours de l'exercice suivant. La charge est réintégrée en N et déduite en N+1. Un impôt différé actif sera comptabilisé en N pour tenir compte de l’économie d’impôt qui sera faite en N+1. Ainsi le principe d’adéquation de la charge (la participation) au produit (son économie d’impôt) est respecté.
 
Mais les impôts différés ne se limitent pas aux décalages fiscaux qui se résorberont dans le temps. En application de l'approche bilancielle, ils naissent également de différences de valeurs au bilan  nées des écritures  de reclassement, ou d’éliminations ou des retraitements de consolidation. L'annulation d'une provision réglementée, le retraitement d'une méthode préférentielle (activation des contrats de location financement), les éliminations d'opérations réciproques et l’application des normes IFRS sont autant d'éléments qui peuvent donner naissance à un impôt différé actif ou passif
 
La détermination des impôts différés nécessite souvent un inventaire exhaustif de toutes les différences temporaires ou temporelles et une bonne maîtrise des retraitements de consolidation complétée par une connaissance des règles fiscales.
 


 
La preuve d’impôt : un tableau en annexe des comptes


La preuve d’impôt ou réconciliation de la charge d’impôt permet d’expliquer le passage entre le taux d’impôt théorique et le taux d’impôt effectivement payé. L’information est donnée en annexe des comptes soit en unités monétaires soit en taux.
Pour Patricia Perez-Cochard, « la preuve d'impôt est également un outil de communication financière très regardé par les analystes. Il faut être capable de la faire, de la contrôler et de l'interpréter. Elle permet de calculer le Taux Effectif d'Impôt (TEI), critère entrant dans la valorisation d'un groupe. L'optimiser ou a minima ne pas le fausser est un enjeu majeur.
La preuve d'impôt, si elle est essentielle, n'est pas suffisante. Elle validera les montants d'impôts enregistrés en résultat mais pas ceux comptabilisés au bilan. Elle peut être juste et les impôts différés au bilan erronés. Il faut impérativement coupler l'approche résultat/bilan. La formation permet de comprendre le lien entre les 2 approches. »
 



Les conditions de constatation d'un impôt différé actif ou passif


Les passifs d'impôt différé ou dettes d'impôt futur sont toujours comptabilisés. Une telle écriture est conforme au principe de prudence.
 
Les actifs d'impôt différé ou créances d'impôt futur ne sont comptabilisés que sous certaines conditions. La récupération de la créance ou de l'actif d'impôt différé doit être probable. Il faudra la démontrer à l'aide d'un « tax planning » ou estimation des bénéfices imposables au cours des futurs périodes.
 
Un groupe de sociétés en pertes depuis plusieurs années ne serait pas en droit de comptabiliser un impôt différé actif sauf dans certaines conditions. Pour comptabiliser un actif d'impôt différé, le groupe devra apporter la preuve que ses pertes sont liées à des éléments exceptionnels ou qu'il peut raisonnablement attendre des bénéfices même exceptionnels pour les prochains exercices. Le cas des start-up est un cas particulier qui pourra bénéficier d’une approche différente.
 
Actifs et passifs d'impôts différés seront ensuite évalués en utilisant le taux d'impôt et les règles fiscales en vigueur à la clôture de l'exercice. Ils ne seront pas actualisés.
 


 Pour en savoir plus :

Notre intervenante Patricia Perez-Cochard vous donne rendez-vous lors de la formation « Évaluer les impôts différés et établir la preuve d'impôts ».

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