Comptabilité

Tendance métier - expert-comptable

Tendance métier - expert-comptable

« D'ici dix ans, les experts-comptables n'auront plus à traiter les tâches de comptabilité de base »

 

Les cabinets d’expertise-comptable sont donnés pour morts depuis plusieurs années. Mais ils sont toujours là, et bien là.

La crise de la COVID-19 a même renforcé leurs importances auprès du chef d’entreprise. Virginie Roitman, expert-comptable, et présidente de la Commission de répression de l’exercice illégal de l’Ordre des experts-comptables Paris-Ile-de-France, livre son regard sur les défis à relever pour cette profession réglementée.

 

Question 1 – À quel danger font face les experts-comptables ?

Deux tsunamis arrivent sur notre profession : les robots-comptables et la facture électronique.

Les premiers n’ont pas encore permis de supprimer l’homme, mais cela viendra demain, car ils sont promus par les banques et les assurances.

En attendant, le système fiscal est tellement compliqué qu’une déclaration de TVA éditée par un logiciel est systématiquement fausse. La seconde devrait arriver en France en 2023, poussée par l’administration fiscale pour lutter contre la fraude fiscale. Par la suite, il n’est pas à exclure, comme pour la déclaration de revenus des particuliers, que la déclaration de la TVA soit préremplie, voire automatique. De plus, l’envoi de la comptabilité à l’administration fiscale pourrait aboutir à la disparition des liasses fiscales. Mis bout à bout, dans les 10 prochaines années, les tâches comptables de base ne seront plus réalisées par les experts-comptables.

Or, aujourd’hui, elles représentent 80% de notre chiffre d’affaires. Cette évolution constitue une menace comme une opportunité.

 

Question 2 – Comment voyez-vous évoluer vos missions ?

Le défi est de passer d’une mission légale à une mission de service, de teneur des comptes à consultant du chef d’entreprise. Nous avons un atout : nous sommes les seuls à connaître par cœur l’entreprise. C’est notre terrain de jeu.

Elle est tellement riche, que nous pouvons intervenir dans tous ses domaines en fonction de nos compétences et de leurs besoins :

  • mission comptable : recherche de financements, gestion de haut de bilan, évaluation de l’entreprise, cession de l’entreprise… ;
  • mission RH : élection du représentant du personnel, procédure de licenciement, dossiers de chômage partiel, préparation des contrôles de l’inspection du travail ;
  • mission patrimoniale : transmission de l’entreprise aux enfants, mandat de protection futur, prévoyance du dirigeant...

Si nous n’avons pas les compétences, nous pouvons nous appuyer sur celles de notre réseau d’experts. Pour cela, nous devons être beaucoup plus à l’écoute du chef d’entreprise. Or, pour le moment, nous n’en avons pas le temps et nos collaborateurs ne sont pas formés à cela.

 

Question 3 – Quelle organisation doivent adopter les cabinets d’expertise comptable pour aller vers cette évolution ?

La crise de la COVID-19 a montré, pour les cabinets qui ont mené depuis quelques années une transformation digitale, leur capacité à traiter numériquement les factures et les relevés bancaires. Cela a été possible parce que les clients ont, eux aussi, accepté de changer leurs habitudes : scanner des pièces et nous les transmettre. Cette pratique a permis un gain de productivité de 30 à 50%, permettant soit de traiter plus de dossiers, soit de former les collaborateurs. Ce sont de très bons experts pour tenir une comptabilité, remplir des déclarations de TVA et des liasses fiscales. Mais ils se cachent derrière cette technicité et limitent les échanges avec les clients. Or, l’évolution du métier demande de nouvelles compétences qui ne sont surtout pas techniques, mais de l’ordre des soft skills afin d’adopter les bons comportements pour écouter et discerner les attentes du client, être flexible, et se montrer ouvert au changement.

Ce gain de temps apporté par le digital peut aussi aider à séduire les jeunes qui se sont détournés du métier en raison des heures supplémentaires à n’en plus finir au moment des bilans comptables. Ils peuvent trouver matière à concilier vie personnelle et vie professionnelle pour un métier passionnant.