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Droit des affaires

Dirigeants d’entreprise : comment anticiper l’après-crise ? - Entretien avec Fabrice Dalat

L’expert-comptable, acteur majeur de la relance économique française - Entretien avec Damien Dreux

La crise sanitaire et économique a bouleversé la régularité de l’activité d’une grande majorité d’entreprises : désorganisation, perte de revenus, charges qui continuent de courir, licenciements. Fabrice Dalat, avocat associé chez Herald revient pour nous sur les principales difficultés rencontrées par les entreprises, et nous livre ses conseils pour préparer l’avenir.

 

Quelles sont les principales difficultés auxquelles les entreprises et leurs dirigeants ont été – et sont toujours – confrontées à cause de la crise sanitaire ?

 

Les entreprises, en fonction de leur secteur d’activité, ont été et continuent d’être confrontées à plusieurs types de difficultés.

La première à laquelle je pense, bien évidemment, est celle de la fermeture des fonds de commerce, et de tout ce que cela implique : absence ou quasi absence de chiffre d’affaires, mise des salariés au chômage partiel, et en parallèle les charges qui continuent à courir (loyers, fournisseurs, électricité, etc). Pour toutes ces entreprises il a fallu négocier avec les bailleurs, mettre en place des procédures pour préserver la trésorerie, demander les aides auxquelles elles étaient éligibles. Et cela dans un délai extrêmement court.

Pour les autres, qui ne sont pas forcément concernées par les mesures de fermeture administrative, de nombreuses difficultés ont été causées par la modification de l’offre et de la demande. La modification des rythmes de production, l’augmentation des prix des matières premières ou encore les difficultés d’approvisionnement qui ont engendré une augmentation des coûts pour les entreprises, difficiles à répercuter sur le client final.

 

En outre, des difficultés sociales sont ensuite nées, en conséquence des premières. Et tout ce qui était vrai en 2020 l’est toujours en ce premier semestre 2021. De nombreuses entreprises doivent réorganiser leur activité, leur rythme de production, les temps de travail des salariés, et selon les cas, procéder à des licenciements.

 

Le défi pour les dirigeants est lié à l’organisation du télétravail, sa pérennisation dans le temps, en incluant une prévention accrue des risques psychosociaux et de lutte contre l’isolement des salariés. Tout en pensant à l’avenir et à la conservation des talents : parce qu’un employeur, même dans l’adversité, doit rester compétitif pour ne pas faire fuir ses meilleurs éléments.

 

Qui sont les partenaires dont doivent s’entourer les entrepreneurs et dirigeants dans la crise ?

De nombreux partenaires peuvent accompagner l’entrepreneur – même s’ils ne sont pas forcément là au quotidien. Le premier d’entre eux, est l’expert-comptable : il est le médecin de famille de l’entreprise. Il a une vision globale de la santé de l’entreprise, ce qui permet à cette dernière de présenter les comptes les plus équilibrés et fins possibles en prévision de la sortie de crise.

Pour subvenir aux besoins de trésorerie, ce sont les banquiers ou fonds d’investissement qui accompagnent le dirigeant, pour soigner son BFR, l’optimiser, et lui donner accès au crédit.

Et puis intervient l’avocat spécialisé, en tant que chef d’orchestre des différents partenaires, qui peut diriger l’entrepreneur vers les professionnels dont il a besoin (en droit des baux commerciaux, droit des assurances, fusions-acquisitions, etc.).

 

Comment préparer l’avenir quand on a peu de visibilité ?

C’est comme conduire une voiture dans le brouillard. Il faut déterminer ses priorités.

 

La première est de maintenir le cap pour rester sur la route et adapter sa vitesse de conduite. Cela revient à se concentrer sur les principes essentiels de son métier et ses activités rentables, dans le but de présenter des comptes les plus flatteurs possibles pour pouvoir continuer d’exister, avoir accès au crédit, aux crédits fournisseurs.

 

La seconde consiste à rester visible. En cette période, on peut avoir tendance à se renfermer sur soi. C’est pourtant l’inverse qu’il faut faire. Il est essentiel de continuer à communiquer et à entretenir sa notoriété.

 

Et enfin, il faut rester attentif à l’évolution rapide de la demande, en allant chercher de nouveaux marchés, qui peuvent résulter de nouveaux modes de consommation du client, induits par la crise.

 

Quelles sont les bonnes pratiques pour sécuriser son entreprise dans le temps malgré la crise (emplois, trésorerie, etc.) ou en prévision d’une prochaine ?

Il faut préserver sa trésorerie !

Nous sommes aujourd’hui en 2021. De nombreuses entreprises ont fait appel à un Prêt Garanti par l’État (PGE) mais ne l’ont pas utilisé, ou pas entièrement. Pour celles-ci, il faudra arbitrer entre un remboursement anticipé ou un remboursement à moyen terme.

Je suggère aux clients de conserver leur PGE, tout en faisant un arbitrage avec leur expert-comptable, pour trouver le bon équilibre entre la trésorerie et la dette. Il est important d’avoir en tête que quand une entreprise se trouve en difficulté, elle a besoin d’argent. Si l’activité ne prend pas, cela permet de constituer un matelas financer indispensable en cas d’ouverture d’une procédure de sauvegarde, ou de redressement judicaire.

Ensuite, il faut améliorer son BFR, en travaillant le recouvrement du poste client, et ne pas négliger la relance client, recourir à l’affacturage, bien gérer son stock.

 

Enfin, ne pas naviguer à vue, travailler au quotidien sur la trésorerie et établir un prévisionnel d’exploitation, rédiger un journal de bord.

 

Et pour conclure, non moins essentiel, il faut conserver une communication active avec ses salariés : prendre le pouls de leur motivation, garder le lien, continuer à améliorer la flexibilité du travail. La productivité n’en sera que meilleure, dans un bon environnement !